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Transformer l’enseignement supérieur : gouvernance académique et intégration de la durabilité (partie 1)

Publié le
June 11, 2026

Les établissements d’enseignement supérieur sont de plus en plus appelés à intégrer la durabilité dans l’enseignement et à préparer des diplômés et diplômées capables de répondre à des défis environnementaux et sociétaux complexes. Il s’agit d’une transition que nous cherchons à accompagner chez Sulitest.

Notre récent projet de recherche s’est intéressé à la manière dont la durabilité passe d’une stratégie institutionnelle à une mise en œuvre opérationnelle au sein des programmes académiques. À travers plus de vingt entretiens menés auprès de responsables de programmes, de doyens et doyennes, de responsables durabilité et d’autres acteurs et actrices de l’enseignement supérieur, nous avons étudié les dynamiques de gouvernance qui façonnent l’intégration de la durabilité dans les cursus.

Cet article est le premier d’une série de trois articles de blog partageant les principaux résultats et recommandations de cette recherche.

Comprendre où le changement se produit

Lorsque l’on cherche à impulser un changement significatif dans un système, il est essentiel de comprendre où intervenir. Comme l’a souligné la penseuse des systèmes Donella Meadows, tous les points d’intervention n’ont pas le même impact : certains possèdent un potentiel de transformation bien plus important que d’autres.

La conception et la révision des programmes académiques reposent sur un processus de gouvernance à plusieurs niveaux combinant prise de décision stratégique, conformité réglementaire, mise en œuvre pédagogique, retours du marché et adaptation épistémique. Plutôt que de suivre un processus linéaire, les programmes évoluent à travers des cycles successifs de négociation et d’adaptation impliquant de multiples acteurs et actrices.

Les équipes de direction institutionnelle — telles que les doyens et doyennes et les équipes exécutives — ainsi que les acteurs et actrices de la gouvernance académique — notamment les responsables de programmes, responsables pédagogiques et comités facultaires — interagissent à travers des mécanismes formels tels que les commissions de révision des programmes et les comités pédagogiques. Au-delà de ces structures, un écosystème plus large de parties prenantes — étudiants et étudiantes, alumni, employeurs, organismes d’accréditation et partenaires externes — joue également un rôle important dans l’évolution des programmes.

Par conséquent, les programmes académiques ne sont généralement pas façonnés par une seule instance décisionnelle, mais par un système de gouvernance distribué.

Ce système s’inscrit dans des cadres institutionnels et réglementaires qui définissent à la fois des contraintes et des opportunités. Si ces cadres imposent des exigences de conformité — notamment en matière d’audit, de reporting et de preuves des acquis d’apprentissage — ils peuvent également agir comme des catalyseurs d’innovation. Dans la perspective de Donella Meadows, lorsque les « règles du jeu » évoluent — par exemple à travers des standards d’accréditation ou des cadres nationaux valorisant la durabilité — l’ensemble du système commence à se transformer.

Comment les programmes académiques se transforment

Notre recherche identifie cinq phases interdépendantes à travers lesquelles la durabilité — ainsi que d’autres priorités émergentes — est intégrée dans les programmes académiques.

1. Phase de décision stratégique : l’orientation et le positionnement des programmes sont influencés par la stratégie globale de l’institution. Ils reflètent souvent les évolutions plus larges du paysage de l’enseignement supérieur ainsi que l’institutionnalisation croissante de la durabilité. Cette phase joue un rôle essentiel dans la légitimation de la durabilité et son inscription dans les priorités institutionnelles.

2. Phase normative et de conformité : les cadres réglementaires jouent un double rôle. Ils peuvent générer une charge administrative et une certaine inertie, mais ils constituent également un levier puissant en transformant la durabilité d’un engagement symbolique en un objectif pédagogique opérationnel. Les personnes interrogées soulignent notamment que la durabilité ne devient véritablement significative que lorsqu’elle est intégrée aux systèmes d’évaluation.

3. Phase liée au marché et aux entreprises : les retours des employeurs, partenaires industriels, responsables de stages et alumni permettent d’identifier l’évolution des besoins en compétences et d’assurer l’alignement avec les attentes externes — permettant ainsi de « boucler la boucle » entre enseignement et pratique.

4. Phase épistémique et d’innovation : les évolutions scientifiques, les débats sociétaux et les transformations réglementaires redéfinissent continuellement les compréhensions de la durabilité. Les programmes académiques doivent concilier des attentes parfois concurrentes — employeurs, priorités institutionnelles, traditions disciplinaires et attentes étudiantes — faisant du développement curriculaire un processus permanent de négociation des savoirs.

5. Phase pédagogique et opérationnelle : à cette étape, les transformations curriculaires deviennent concrètes à travers la révision des syllabus, la création de nouveaux modules et l’intégration de la durabilité dans les enseignements existants. Les enseignants et enseignantes jouent ici un rôle central, soulignant la nécessité de mettre en place de solides « mécanismes de traduction » afin de garantir une compréhension partagée de la durabilité et un accompagnement adapté.

Naviguer dans les tensions du système

Ces différentes phases interagissent en permanence et génèrent souvent des tensions. Par exemple :

- les marchés du travail privilégient fréquemment l’employabilité à court terme et des compétences professionnelles clairement définies, tandis que les enjeux de durabilité nécessitent une pensée systémique de long terme ainsi que des capacités de transformation,

- les systèmes d’accréditation exigent des cadres de compétences standardisés et des acquis d’apprentissage mesurables, ce qui peut limiter les approches expérimentales ou interdisciplinaires de l’enseignement de la durabilité.

C’est pourquoi une gouvernance curriculaire efficace est essentielle.

L’intégration de la durabilité dans les programmes académiques relève moins de l’ajout de nouveaux contenus que de la manière dont les équipes de direction et les instances de gouvernance organisent le changement curriculaire.

Une transformation curriculaire significative se produit lorsque la stratégie institutionnelle, la coordination de la gouvernance et la mise en œuvre pédagogique sont alignées. Sans cet alignement, les initiatives liées à la durabilité tendent à rester fragmentées ou isolées.

Recommandations

À partir de ces résultats, trois recommandations principales émergent :

  • Utiliser les cadres de référence de manière stratégique plutôt qu’administrative, en traduisant les standards de compétences en outils pédagogiques opérationnels.
  • Renforcer la coordination de la gouvernance entre les équipes de direction stratégique, les responsables de programmes et les enseignants et enseignantes afin d’assurer une mise en œuvre cohérente des cursus.
  • Aller au-delà des cours isolés sur la durabilité pour développer des approches curriculaires intégrées, combinant intégration horizontale et verticale.

À suivre

Dans la deuxième partie, nous explorerons le rôle des cadres institutionnels et réglementaires et proposerons une typologie des approches institutionnelles de l’intégration de la durabilité.

Dans la troisième partie, nous analyserons les freins et leviers de l’enseignement de la durabilité, en proposant de nouvelles recommandations pour les établissements souhaitant renforcer l’intégration de la durabilité dans leurs cursus.

Télécharger le rapport complet

Cet article ne présente qu’une sélection des enseignements issus de notre recherche. Le livre blanc complet, How to Transform Higher Education Institutions: The Role of Strategic Leadership and Academic Governance, explore ces dynamiques de manière plus approfondie. Il comprend des résultats d’entretiens détaillés, une cartographie complète des mécanismes de gouvernance, ainsi que des implications pratiques pour les équipes de direction institutionnelle, les responsables de programmes et les équipes durabilité.

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