Une autre flèche de navigation sur le site de Sulitest.
Tous nos articles

La méthode socratique comme pédagogie transformatrice — Le dialogue d’Expeditus sur la qualité de l’éducation

Publié le
September 17, 2026

Scott Blair, PhD., Content Development Editor, Sulitest Impact

Introduction

Je défends, sans pouvoir encore l’affirmer avec certitude, l’idée qu’en fin de compte, les dérèglements climatiques, l’effondrement de la biodiversité et l’aggravation des injustices sociales sont les conséquences inévitables des fausses hypothèses, des raisonnements fallacieux et des erreurs de logique de la plupart des êtres humains au cours de l’Histoire, moi y compris. Trop peu d’entre nous choisissent de soumettre leurs croyances, leurs valeurs et leurs comportements à une évaluation extérieure, à la critique sceptique, au contre-interrogatoire, à une investigation approfondie, voire même au doute persistant. Souhaitant nous cacher plutôt que faire face à nos déficiences cognitives, à nos biais de confirmation et à nos incohérences logiques, nous évitons le travail mental et émotionnel exigeant qui consiste à interroger nos hypothèses, à remettre en question nos valeurs et à critiquer nos comportements. Par peur, préjugé, autosatisfaction, distraction ou paresse, nous construisons une représentation du monde — et imaginons notre place en son sein — sans tenir compte des règles de preuve, de la réfutation logique, de la théorie formelle de la démonstration ou d’une validation rigoureuse. Le monde que nous imaginons avec insouciance comme étant réel — mais qui ne l’est pas — révèle à quel point nous choisissons d’intérioriser peu de conscience et de connaissance de nous-mêmes. Compte tenu du désordre que nous avons créé dans notre foyer planétaire, ce dont nous avons réellement besoin aujourd’hui, c’est de commencer à examiner nos vies, à rechercher des vérités plus profondes sur nos comportements non durables et à nous demander comment nous devrions vivre éthiquement ici, sur Terre, en tant que résidents et résidentes temporaires que nous sommes.

C’est précisément pourquoi la méthode socratique d’enseignement et d’apprentissage est si prometteuse dans le contexte de l’éducation à la durabilité. L’objectif de Socrate n’a jamais été, ontologiquement, d’enseigner davantage de faits à ses élèves ou de leur transmettre davantage de connaissances sur le monde : il était de les aider, épistémologiquement, à comprendre comment les connaissances sont créées, construites et validées. Grâce à cette approche inductive du raisonnement, il cherchait à amener ses élèves à voir le monde non pas tel qu’ils et elles croyaient qu’il était, mais tel qu’il est réellement, c’est-à-dire comme un monde fait de complexité, de difficulté, d’ambiguïté, de mystère et d’incertitude. Son objectif était de les aider à voir et à accepter à quel point ils et elles en savaient peu sur le monde, à apprendre à douter de leurs croyances et certitudes profondément ancrées mais erronées à son sujet, et à devenir plus sages grâce au scepticisme et à l’exercice de leurs capacités, autrement négligées, de raisonnement éthique et logique, tout en reconnaissant leurs propres déficiences et leurs préjugés refoulés.

C’est également pourquoi la méthode socratique constitue une pédagogie si transformatrice. Elle repose sur la remise en question et la déconstruction des nombreuses façons dont nous imaginons à tort le monde, afin de commencer à le voir différemment, c’est-à-dire tel qu’il est : d’une beauté saisissante, extrêmement rare, précieux pour toutes et tous, d’une complexité insondable, intégré de manière systémique, délicatement équilibré et fragile, mais aussi robuste et résilient, jusqu’à ce qu’il finisse par céder s’il est soumis à trop d’abus. En effet, la méthode socratique est l’une des rares voies pédagogiques dont nous disposons encore et qui soit capable d’amener les étudiants et étudiantes à une véritable compréhension environnementale de ce qui constitue la vie bonne ici, sur la planète Terre — c’est-à-dire une vie véritablement durable dans toutes ses dimensions éthiques et matérielles.

« Connais-toi toi-même », dit Socrate, ce qui, dans le contexte de la crise actuelle de la Terre, n’est pertinent que si nous comprenons cette injonction socratique comme un appel à comprendre sa place au sein de la Nature — c’est-à-dire ni en dehors d’elle, ni au-dessus d’elle, ni en position d’exercer une domination sur elle. De même, lorsque Socrate affirmait, dans l’Athènes du Ve siècle avant notre ère, qu’« une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue », cela signifie certainement pour nous aujourd’hui — au cœur d’une crise planétaire généralisée — que si nous choisissons de continuer sur la voie de vies que nous n’examinons pas, le problème n’est pas que la vie ne vaudra plus la peine d’être vécue ; c’est qu’elle ne pourra tout simplement plus être vécue, du moins pas telle que nous la connaissons depuis le début de l’Holocène, une époque favorable à l’humanité. En bref, il est désormais trop tard pour que la connaissance seule nous sauve. C’est de sagesse dont nous avons besoin. Et il se pourrait que seul Socrate, avec sa méthode de questions-réponses folle, dérangeante et exaspérante, puisse nous aider à nous rapprocher d’une telle compréhension, d’une telle conscience et d’une telle sagesse universelle — parce que sa pédagogie est conçue pour nous aider à nous voir nous-mêmes dans le monde de manière plus juste.

Dans cet esprit, je vous propose deux courts textes sur la méthode socratique appliquée à l’éducation à la durabilité. Tout d’abord, je vous redonne accès à ma synthèse de cinq pages sur la pédagogie de Socrate, que j’avais intégrée au livre blanc PRME—Sulitest de 2024 intitulé « Situating PRME’s Impactful Five (i5) in the Landscape of Higher Education Pedagogy — Bridging Theories, Principles, and Practices ». (Cliquez ici pour accéder au rapport complet, puis rendez-vous à la page 28.)

Ensuite, j’ai écrit ci-dessous un dialogue philosophique fantaisiste entre le « taon d’Athènes » et Expeditus, un personnage quasi fictif, dans lequel Socrate et son « élève » cherchent, à travers le débat et le raisonnement inductif, des vérités plus profondes sur la nature d’une éducation de qualité. Si vous parvenez à aller jusqu’au bout, j’espère que vous en ressortirez en percevant le potentiel de la méthode socratique en tant que pédagogie véritablement transformatrice et en appréciant sa pertinence dans le contexte de l’éducation à la durabilité.

Comme Socrate pourrait le dire aujourd’hui, s’il était confronté à notre crise planétaire : Pour se connaître soi-même, il faut connaître le monde.

Le dialogue d’Expeditus — Un exemple imaginé de la méthode socratique

Expeditus : Bonjour à vous aujourd’hui, Socrate.

Socrate : Bonjour à toi, jeune Expeditus. Je vois que tu t’apprêtes à passer une nouvelle journée à enseigner à l’académie.

Expeditus : En effet, il est important que notre jeunesse reçoive une éducation de qualité. N’êtes-vous pas d’accord, Socrate ?

Socrate : Je le suis assurément. Et est-ce donc ce que tu proposes dans ton académie — une éducation de qualité ?

Expeditus : En effet, c’est bien ce que je crois.

Socrate : Excellent. Alors, je te pose la question suivante : qu’est-ce qu’une éducation de qualité ?

Expeditus : Une question importante. Une éducation de qualité est une éducation qui permet à une personne de s’épanouir dans la vie.

Socrate : Tout à fait. Et par « s’épanouir », tu veux dire « accumuler suffisamment de richesses pour vivre dans la dignité » ?

Expeditus : C’est exact, et j’aime beaucoup votre façon de le formuler.

Socrate : Nous verrons. Quoi qu’il en soit, si je comprends bien, tu affirmes qu’une éducation de qualité est une éducation qui permet de s’épanouir dans la vie en travaillant, en accumulant des richesses et en vivant dans la dignité.

Expeditus : C’est bien ce que je dis. Vous avez parfaitement compris.

Socrate : Et certaines personnes ne définiront-elles pas la dignité différemment et ne chercheront-elles pas à accumuler davantage de richesses qu’elles n’en ont réellement besoin ou qu’elles ne peuvent en utiliser ?

Expeditus : L’Histoire indique que c’est indéniablement vrai.

Socrate : Cela conduira donc certaines personnes à accumuler énormément de richesses et d’autres très peu ?

Expeditus : Assurément. C’est ce que nous constatons aujourd’hui, même ici, dans l’Athènes éclairée et démocratique.

Socrate : Et cette disparité pourrait-elle créer des tensions entre celles et ceux qui possèdent beaucoup et celles et ceux qui possèdent peu ?

Expeditus : Hélas, c’est fort probable.

Socrate : Et n’est-il pas tout aussi probable que le processus d’accumulation de telles richesses dégrade les terres, souille l’eau et détruise le règne animal ? Une telle « prospérité » pourrait-elle rendre difficile le fait de vivre dans la dignité, tant pour le ou la citoyen·ne que pour l’ensemble de la polis ?

Expeditus : Au vu de ce que vous dites, Socrate, cela semble effectivement être le cas.

Socrate : Alors, es-tu d’accord pour dire que l’enseignement et l’apprentissage qui conduisent aux inégalités sociales et à la dégradation de l’environnement ne sont pas ce que nous devrions qualifier d’« éducation de qualité » ?

Expeditus : Je vois que je dois être d’accord avec vous, Socrate. Alors, permettez-moi de reformuler mon affirmation initiale et d’affirmer qu’une éducation de qualité est une éducation qui permet à une personne de mener une vie simple dans la dignité — une vie qui ne soit pas plus ostentatoire que celle, disons, du ou de la citoyen·ne moyen·ne d’Athènes.

Socrate : Excellent. Nous progressons et devenons plus sages. Voilà le pouvoir du raisonnement éthique.

Expeditus : J’ai hâte de voir où cette ligne de pensée va nous mener.

Socrate : Patience, mon cher ami. Il s’agit d’un processus ouvert de questions et de réponses. Dans cet esprit, lorsque tu dis « citoyen moyen d’Athènes », n’est-il pas vrai que, si ces citoyens moyens mènent effectivement des vies modestes et humbles comparées à celles de nos citoyens plus riches ici, dans la polis athénienne, ils vivent néanmoins des vies bien plus aisées et accumulent des richesses bien plus importantes que le citoyen moyen de, disons, la Macédoine, la Thrace, la Scythie ou la Perse ?

Expeditus : Je ne peux pas vous contredire. Athènes est une cité de richesse, de prospérité et d’accomplissements, que toutes et tous peuvent admirer.

Socrate : Peut-être. Mais demande-toi s’il existe suffisamment de ressources en Grèce pour élever tout le monde au niveau de prospérité atteint ici, à Athènes. Puis demande-toi s’il existe suffisamment de ressources sur l’ensemble de la Terre pour élever tout le monde au niveau de prospérité atteint ici, en Grèce. Ne serait-il pas tout à fait possible que même le mode de vie humble du citoyen athénien moyen et sans prétention soit non durable lorsqu’il est généralisé à l’ensemble de la planète que notre vénérable Pythagore nous dit être ronde et plutôt grande ?

Expeditus : Cela semble effectivement possible.

Socrate : N’est-il pas également vrai que nous voulons que ces peuples non hellénophones, désignés par onomatopée comme des « barbares », partagent nos préoccupations concernant les inégalités sociales et les dangers du déclin de la biosphère, alors même que leur empreinte de sandales sur les terres est bien plus faible que celle du Grec moyen, sans même parler de l’Athénien ?

Expeditus : C’est indéniablement vrai.

Socrate : Il me semble également, avec le peu que je sais des limites planétaires, que le niveau de vie matériel du monde non grec ne peut être élevé jusqu’au niveau de vie athénien moyen sans dégrader et déstabiliser le monde naturel si bien décrit par Thalès, Anaximandre et notre bien-aimé militant pour les droits des animaux, Empédocle.

Expeditus : Je crains de devoir être d’accord, même si je pense que Thalès avait quelque peu de l’eau dans le cerveau.

Socrate : C’est une autre question. Mais pour ce qui nous concerne dans ce débat, je parierais au maximum quatre drachmes que la population athénienne accepterait une baisse de son niveau de vie jusqu’à celui, disons, de nos voisins du Péloponnèse, les Spartiates, et encore moins jusqu’à celui des Troyens éloignés ou des Scythes très inquiétants.

Expeditus : Voilà un pari sage. Et pour ma part, je soupçonne que je garderais même mon « Hibou » dans ma poche.

Socrate : En effet. Quelle prudence de ta part. Ainsi, tu vois, Expeditus, je constate que je ne suis pas plus proche qu’auparavant de comprendre ce qui constitue la qualité de l’éducation que tu proposes aux jeunes de ton académie. Tu affirmes qu’il s’agit avant tout d’atteindre une prospérité modeste, de mener des modes de vie humbles et de vivre dans une dignité simple. Pourtant, tu es maintenant d’accord avec moi pour dire que, si nous prenons Athènes comme point de référence, de tels modes de vie « raisonnables » ne sont ni durables localement ni généralisables à l’échelle mondiale.

Expeditus : Je reconnais que cela doit être vrai.

Socrate : De plus, il me semble que la manière dont tu formules les résultats d’apprentissage et les résultats du programme de ton académie crée inévitablement les conditions sociales et environnementales mêmes qu’une éducation autrement de qualité chercherait à mettre en évidence et à corriger. N’est-ce pas le cas ?

Expeditus : Je suis incapable de trouver une faille dans votre logique. Je suis dans une impasse et je me demande maintenant ce qui constitue réellement une éducation de qualité. Je reconnais être véritablement perplexe.

Socrate : Ne t’alarme pas, Expeditus. Cela m’arrive souvent. Tu souffres d’un léger cas d’Aporie — un état de confusion, d’inconfort ou de perplexité dans lequel une personne prend conscience qu’elle ne sait pas ce qu’elle pensait auparavant savoir. Ton état va s’aggraver jusqu’à ce que tu commences à examiner ta vie et à remettre plus profondément en question tes présupposés pédagogiques. La seule véritable sagesse consiste à savoir à quel point on sait peu de choses.

Expeditus : Ainsi, pour me débarrasser de mes fausses croyances et de mes certitudes non examinées, je vais repartir de zéro et essayer à nouveau de répondre à votre question : qu’est-ce qu’une éducation de qualité ?

Socrate : Excellent, Expeditus. Efforce-toi de te connaître toi-même et réaffirme ta position. Le malaise productif que tu ressens et le fait que tu reconnaisses savoir très peu de choses sur l’éducation de qualité indiquent que tu deviens plus sage. Je t’encourage à examiner ta vie plus profondément. Je te promets que cela en vaudra la peine.

Expeditus : Ainsi, sur la base des incohérences, des erreurs de logique et des raisonnements fallacieux de ma position que vous avez si exaspérément mis en évidence, et malgré tout le stress de débattre avec vous, Socrate, je risquerais d’affirmer qu’une éducation de qualité est une éducation qui donne aux apprenants et apprenantes des connaissances sur le fonctionnement du monde naturel, cultive l’amour et la révérence pour sa beauté et sa rareté, révèle notre place appropriée en son sein ainsi que notre dépendance à son égard, et favorise la sagesse et la capacité d’agir sur nos comportements afin de le protéger et de le préserver pour les générations futures de tous les autres êtres qui partagent la Terre avec nous. Que pensez-vous de cette définition de l’éducation de qualité, Socrate ?

Socrate : Eh bien, je suis ignorant de bien des choses, mais il me semble qu’il s’agit d’un bon point de départ pour aider les apprenants et apprenantes à réfléchir à leurs valeurs, croyances, hypothèses et principes sous-jacents. N’est-il pas vrai qu’une éducation morale est essentielle si les étudiants et étudiantes doivent pouvoir appréhender les complexités, les difficultés, les incertitudes et les arbitrages du monde qui nous entoure ?

Expeditus : C’est vrai, comme vous le dites. Grâce à votre raisonnement inductif et à vos questionnements itératifs, Socrate, vous m’avez aidé à révéler des vérités cachées mais universelles sur la nature de la qualité en éducation. Je vous en suis reconnaissant, même si je suis un peu agacé.

Socrate : Je suis heureux d’avoir pu aider, car je ne suis qu’un humble chercheur de connaissances. Mais j’affirme qu’un programme éducatif qui n’est pas examiné ne mérite pas d’être enseigné.

Expeditus : Cela aussi est vrai.

Socrate : Et qu’en est-il de la pédagogie, mon cher ami ? Ne devrions-nous pas concevoir une méthode écopédagogique spéciale d’enseignement et d’apprentissage qui corresponde aux grands idéaux des nouveaux objectifs d’apprentissage de ton académie ?

Expeditus : En effet, nous le devrions.

Socrate : Et pourrions-nous lui donner un nom accrocheur, facile à retenir, et qui soit un témoignage de notre heureux et éclairant dialogue ?

Expeditus : En effet, nous le pourrions. Nous pourrions l’appeler… La méthode Expeditus.

Socrate : Je désespère ! Donnez-moi une tasse de tisane ! N’importe quelle espèce de plante nitrophile à fleurs fera l’affaire.

Suivez-nous

Vous vous intéressez à l'éducation au développement durable, aux dernières nouvelles de notre mouvement et aux événements clés du secteur ?

RessourcesActusSulitestRetour accueil